Pourquoi les documentaires nous plaisent tant ?

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Le temps du documentaire © Radio France

France Culture a récemment révélé les résultats de sa première grande étude sur le documentaire. Réalisée par BVA Xsight et en partenariat avec La Scam, « Le Temps du documentaire » décrit un « outil de compréhension du monde bénéficiant d’une forte confiance ». Dans une ère de la #défiance, n’était-ce pas ce qui nous manque ?

89% des sondés disent faire confiance aux programmes documentaires 🤔

Pour comparer rapidement, alors que plus de 80% des médias français sont détenus par des milliardaires, le Baromètre de la confiance des Français dans les médias du 14 janvier 2025 annonçait seulement 32% de Français·es faisant confiance aux médias sur les grands sujets d’actualité. Le fossé est donc large.

Alors pourquoi un tel succès ? 🏆

Dans une époque de surinformation qui nous ensevelit sous des tonnes d’actualités et de messages entremêlés et complexes, le genre documentaire se positionne comme un format permettant la compréhension de notre époque (pour plus de 90% des sondés de l’étude). Selon moi, les documentaires savent effectivement décrypter et questionner le monde et ses enjeux en captant davantage l’attention, nous offrant plus de calme et de concentration. Nécessitant un certain recul pour sa création et redonnant de la place au temps (au temps long souvent), il peut nous aider à y voir plus clair et être finalement une respiration contemporaine.

Je crois aussi que le « je », malaimé dans le journalisme traditionnel, plait. Les points de vue personnels, également stars sur les réseaux sociaux, sont souvent au coeur des narrations documentaires. Comme l’explique l’étude, le documentaire « est construit autour d’un sujet précis et traité de façon narrative et factuelle ».Je pense effectivement que, d’une part, notre esprit se concentre sur un seul sujet (ce que notre ère de la sursollicitation ne permet pas facilement) et que, d’autre part, ce genre, en plus de nous informer, narre. Il nous raconte une histoire et nous embarque grâce à une structure souvent narrative, parfois construite autour d’une expérience personnelle.

D'après l'étude, 81% des documentaires s’écoutent ou se visionnent suite à une recommandation et 92% suite à une discussion. 👥

Et souvent, nous sommes si embarqués… que nous recommandons avec joie. Nous pouvons être tellement marqué·es, chamboulé·es par un documentaire que nous voulons le partager haut et fort, l’aider à se répandre, à connaitre le plein succès. Ainsi, dans cette étude, le genre documentaire ressort comme vecteur de lien social puisque 92% des sondés déclarent que le documentaire génère des discussions avec leur entourage. Nous pouvons ainsi dire que ce temps passé à s’informer en profondeur répond finalement à une envie de reconnexion, d’en apprendre sur les autres et de les comprendre dans « une époque où l’on déplore la « fracturation » de notre société » d’après la directrice générale de BVA Xsight, Adélaïde Zulfikarpasic.

Qu’en est-il du documentaire sonore ? Ici, je prône pour ma (nouvelle) paroisse. Le documentaire audio, par sa force narrative et figurative, stimulerait l’imagination et la compréhension (oui, c’est bien ce pour quoi je l’aime tant) dans « une écoute flexible et engageante adaptée aux nouveaux rythmes de vie ». Bien que le format sonore reste une autre stimulation quotidienne, il nous sort en partie des écrans, il repose nos yeux et nous accompagne. Il nous oblige à nous concentrer sur un seul de nos sens, l’ouïe, pour ne rien louper de la création dans laquelle nous nous sommes plongés. Et ces dernières années, les créations sonores documentaires, par le succès du podcast, ont connu un regain d’intérêt.

Et demain ? 🔜

58 % des moins de 35 ans jugent que la qualité de l’offre documentaire a progressé ces dernières années et j’en suis personnellement témoin. Aujourd’hui, l’offre documentaire est large et florissante. Avec ce type d’étude, nous pouvons espérer qu’elle continuera de croitre afin de donner l’opportunité aux auteur·ices de créer. Parce que plus la satisfaction sera, plus la demande augmentera et plus l’offre devra s’aligner pour s’adapter, créant des oeuvres et une place à ce qui doit être documenté mais aussi des emplois et des contrats.

Pourtant, aujourd’hui, si le format documentaire marche si bien et qu’il est plébiscité par un si large public (99 % des Français regardent ou écoutent des documentaires au moins une fois par mois), il reste difficile pour les auteur·ices et réalisateur·ices de se faire produire et pour les productions de trouver des financements (surtout dans le sonore qui est souvent considéré comme le parent pauvre du format documentaire). Un rapport de 2023 « Le documentaire et ses acteurs à l’heure des bouleversements de l’audiovisuel » de l’ Inspection générale des affaires culturelles (IGAC) constatait une situation précarisée des documentaristes, s’alarmant d’une baisse de 30% de leur pouvoir d’achat sur les vingt dernières années. Il semblerait que l’économie du documentaire reste fragile et que les acteurs principaux ne misent pas encore assez dessus.

Cependant, une chose reste essentielle à noter : le documentaire ne doit pas venir se substituer à l’information traditionnelle, il doit la compléter. N’y-a-t-il pas justement plus de collaborations et de ponts à trouver, entre journalisme et documentaire, entre médias traditionnels et productions, entre journalistes, auteur·ices et réalisateur·ices ? Pour permettre au documentaire de se développer sainement et au journalisme de se renouveler ?

Jouons la carte de la recommandation ! ✨

Voici les dernières pépites que j’ai regardé / écouté récemment et que je peux vous recommander chaudement :

Et pour aider le documentaire à se déployer, je ne peux que vous dire : à vos écrans et à vos écoutes !